La course pour la conquête du fauteuil du poste du Premier ministre, voire la succession à Kabinet Komara est enfin ouverte. Mais l'opinion se demande qui sera le locataire de la primature chargé de mener le pays vers des élections, dont la date n'a pas encore été fixée ? Sera-t-il issu d'un parti politique, d'une centrale syndicale ou de la société civile ? Quels seront ses pouvoirs ? Pourra-t-il être candidat à la présidentielle ? D'après de bonnes sources, l'honorable Jean Marie Doré serait pressenti à ce poste, mais il semble hésitant pour l'instant. Et comment ?
Après l'important discours du général Sékou Konaté, le 6 janvier dernier, que d'aucuns observateurs ont qualifié d'historique, sans aucune dose de prudence, nombreux sont les guinéens qui ont estimé que l'ère Kabinet Komara aurait enfin sonné. En ce sens que le président par intérim du CNDD est favorable à la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale de transition et d'union nationale, avec au sommet, un Premier ministre fort, issu de l'opposition, et désignée par elle- même.
De ce point de vue, inutile de rappeler que les ministres guinéens, y compris les plus extrémistes d'entre eux, sont sur une chaise éjectable, si toutefois cette donne se réalise. En d'autres termes, c'est sans aucun doute, Kabinet Komara qui a été nommé fin décembre 2008, s'en ira. Il n'a plus le choix d'y rester. Son séjour au Palais de la Colombe dépend désormais de la volonté du Forum des Forces Vives de Guinée, qui devra communiquer au président par intérim du CNDD le nom de la personne désignée par elle pour la gestion du nouveau gouvernement de transition.
Des sources indiquent que l'honorable Jean Marie Doré aurait été consulté dans ce sens, puis pressenti, mais il hésite pour l'instant, on ne sait pour quelle raison. Pourtant, ce doyen de l'opposition guinéenne pourrait calmer les pro- Dadis, en raison de son appartenance régionale. En plus, pétri d'expériences, fin politicien, analyste averti, il est introduit dans tous les milieux, qu'on l'aime ou pas. Et mieux, il connaît parfaitement la sociologie de la politique guinéenne. C'est dire qu'en lui offrant cette chance, c'est une récompense à l'endroit de la première génération d'opposants guinéens, depuis l'ère démocratique.
Les tractations ont déjà démarré, la classe politique guinéenne multiplie les rencontres, tant à l'étranger qu'à l'intérieur. D'après de bonnes sources, des leaders politiques se sont rencontrés à Paris entre Cellou Dalein Diallo de l'UFDG, François Fall du FUDEC, Mamady Diawara du PTS, Sidya Touré de l'UFR, Alpha Condé du RPG et Malick Sakhon de la LCC. Le but de cette rencontre était d'analyser le discours du général Sékouba Konaté mais aussi de trouver des dispositifs à mettre en place contre la non candidature de la junte militaire et les membres du futur gouvernement aux prochaines élections.
Au même moment, les leaders politiques se sont retrouvés au domicile de l'honorable Jean Marie Doré à deux reprises. Au départ, il était question de la restructuration du forum des Forces Vives du pays, mais après, il a été question de la position des Forces Vives face à la main tendue du général Sékouba Konaté.
S'agissant du choix du futur premier ministre, le premier vice-président de l'UFDG, Bah Amadou Oury, soutient : « il nous faut une personne techniquement compétente et politiquement mûre, quelqu'un qui a des comptes à rendre à une structure" a-t-il dit. Mais pour la syndicaliste, Hadja Rabiatou Sérah Diallo : "l'idéal serait que le Premier ministre soit neutre, qu'il n'ait pas d'ambition politique. Il est indiqué qu'il soit issu des forces sociales et nous sommes catégoriques à ce sujet" a-t-elle martelé.
Pour Alioune Tine, le président de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO), basée à Dakar : il faut "un homme intègre issu de la société civile (…) pour mener une transition pas très longue" a- t- il indiqué. "Cela pourrait être un religieux", a-t-il proposé.
Comme on le voit, Jean Marie Doré ne pourrait pas être le seul candidat à ce poste. Il y a d'autres candidats qui affûtent les armes et qui se préparent. En parlant de religieux, le nom de Monseigneur Robert Sarah, très connu pour sa droiture et sa franchise, est cité par d'autres observateurs. C'est dire qu'il y a de fortes chances que le premier ministre guinéen vienne encore du Sud.
Mais l'opposition guinéenne devrait savoir saisir cette main qui lui a été tendue par la junte, en taisant ses querelles de leadership. En tout cas, la balle est désormais dans le camp du Forum des Forces Vives. Il faudrait savoir saisir cette balle au rebond, et battre le fer, pendant qu'il est chaud, en prouvant au monde entier que l'opposition guinéenne est la plus intelligente d'Afrique, pour une fois au moins.
D'ici le retour massif des leaders politiques exilés en Europe, il est difficile pour l'instant de deviner ce que nos opposants vont proposer pour répondre positivement au rendez-vous de l'histoire. Sur quels critères de sélections se fonderont- ils ? Ce qui est évident pour l'instant, c'est que le destin du pays se trouve dans les mains de nos acteurs politiques. La Guinée sera ce qu'ils voudront en faire. Surtout que le Président intérimaire leur a lancé un appel pressant pour ne pas qu'ils plongent la Guinée dans ''une attente longue et interminable''. L'opposition devrait montrer qu'elle est à la hauteur de la confiance que l'opinion nationale et internationale lui portent actuellement. Elle doit prouver sa capacité à s'entendre sur la conduite des affaires de la Guinée. Le moindre signe de fissure lui sera fatale, et fatalement.
BAH Abdoulaye