Observateur-GuineeINTERVIEW

Interview Fode kouyate

On diffuse partout que j’ai demandé un axile politique en France. Je ne sais pas ce que j’ai fais en Guinée pour pouvoir m’exiler en Europe".

Après un long séjour à l’étranger, Fodé Kouyaté a récemment regagné le bercail. Notre reporter l’a entretenu dans son bureau ‘’Hadja Mama Djéli Production ‘’ sis au quartier Coronthie dans la commune de Kaloum. Entretien à chaud.

 

L’Observateur : Excellence, vous êtes ambassadeur de AIA (Afrique aide Afrique) et vous venez de rentrer au bercail après un long séjour à travers le monde, est-ce que votre long périple se situait dans ce cadre ?

FK : Bien sûr que oui. Il faut dire que la mission, en dehors du cadre musical, était axée à d’autres projets qui ont pris d’ailleurs assez de temps dans notre tournée à travers le monde particulièrement en Europe.

 

Peut-on savoir de quels projets vous parlez, il s’agit de vos projets futur ?

Vous savez que lorsqu’on a décidé d’ouvrir ‘’Hadja Mama Djéli production (HMD)’’, on a tenu promesse de nous procurer d’un studio d’enregistrement en numérique. Un studio numérique pour lequel on a pris contact avec une société du nom de Diberger au Canada. Ce projet a été l’objet d’une large information au niveau des médias guinéens. Mais, comme la livraison du matériel prenait du temps, on a décidé d’aller vers ladite société pour leur dire qu’on a des engagements qu’il faut remplir. Donc, il y avait également tout ce problème là à régler, et à côté de cela on a eu des spectacles en Allemagne, en Espagne, à Bruxelles etc. Dans ces différents pays, on a véhiculé le message de la paix, la concorde entre les communautés africaines et particulièrement guinéennes.

 

Pouvez-vous nous décrire la chaleur de l’ambiance qui a caractérisé vos différents spectacles au sein des communautés guinéennes qui vous ont reçu ?

Vous savez, que ça soit en Guinée ou ailleurs, le Guinéens est naturellement patriote. Il suffit qu’un Guinéen soit là, pour que la communauté guinéenne se mobilise fortement autour de lui. L’ambiance était au top avec non seulement nos compatriotes, mais on a également enregistré l’affluence d’autres communautés africaines. C’était vraiment magnifique. Depuis notre premier spectacle à Saint Denis, on a compris que la musique guinéenne est entrain de bien se placer sur le plan international. Donc, si on accorde le sérieux dans le travail et à travers notre comportement de tous les jours, la musique guinéenne trouvera aisément sa place dans le show bis international. La tache nous revient donc pour lui donner un bon élan.

 

Revenons encore à votre ambitieux projet. A quel moment il verra le jour et qu’avez-vous discuté avec la société Diberger ?

De toute évidence, le studio est déjà prêt. J’ai visité l’usine de la société, je détiens les photos, les sons et les images en vidéo. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y aura pas mille promesses dedans. Ce que nous avons promis, nous le réaliserons et ce n’est pas le fonds qui manque pour cela.

 

Avez-vous aussi prévu le site sur lequel ledit studio sera installé ?

Cela dépend ! Je crois que dans notre tête, on a l’intention maintenant d’assister les jeunes de l’intérieur du pays. Dans ce cas, si ce n’est pas Kindia qui est situé à 150 km de Conakry, ça doit être Kouroussa qui est à 590 km ou à Kankan. Dans tous les cas, notre intention est d’aider cette jeunesse, ces bras valides à trouver au moins quelque chose à faire dans le cadre de l’emploi. Nous avons de grands techniciens émérites en Guinée et à l’extérieur du pays, des étudiants sans emploi et j’en passe. Quand j’ai trouvé des grands techniciens guinéens qui ont fini l’université en Guinée et qui travaillent ailleurs, cela me faisait mal au cœur. Mais l’important est que si on a le studio en main ici, je crois que cela sera déjà un grand pas. Je dois ajouter que la promesse qui nous a été tenue, se réalisera dans sous peu de temps, inch Allah !

 

Est-ce qu’on peu connaître approximativement, le coût que cela va générer ?

Pour le moment, nous préférons garder le secret (rire en éclat).

 

Quel est actuellement, vos projets en cours ?

Mes projets en cours, c’est bien sûr la continuité dans la production. Je suis entrain de préparer une auto-production, ma maquette est déjà prête. Mais pour le moment, je préfère assister certains amis qui ont eu souffert avec nous comme petit Sény, un ancien sociétaire de ‘’l’Atlantique mélodie’’, le défunt Djibil Kaba (paix à son âme) était aussi dans le lot. Et donc avec petit Sény, c’est petit Condé qui sera chargé de l’arrangement.. En outre, on a aussi une femme du nom de Mamie qui est actuellement sous notre main et qui travaille actuellement sur ses maquettes.

 

Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que ‘’HMD’’ a une vocation. A part les questions de l’art, on a une autre mission à remplir en tant que ambassadeur honoraire itinérant d’une institution humanitaire, dénommée ‘’Afrique aide Afrique’’. Dieu merci, nous parvenons à assumer nos responsabilités en mettant ensemble ces deux activés sur les rails.

 

Il semble que vous préparez un nouvel opus, peut savoir le nombre de titre dont il comporte ?

Je ne dépasserais pas dix, et je crois que c’est qui est normal. Mais pour l’heure, je suis entrain de venir en aide à un ami qui a souffert avec moi. C’est ce qui est d’abord, très important pour moi.

 

Actuellement, vous travaillez sans relâche sur une série de clips. Peut-on savoir de quoi il s’agit ?

C’est tout simple : J’ai signé un contrat de 20 clips dans deux différentes Maisons de production. Il s’agit de ‘’TAT Dramé production’’, qui a commandé 10 clips dont l’album ‘’Sorombaya’’, et les dix autres, par ‘’Sylliard production’’ de Sylla. Je fais la même chose pour ‘’HMD production’’, qui a aussi une antenne vidéo numérique en sa possession, et qui s’occupe de 15 autres clips en Dvd. Donc, après les clips des deux Maisons de production, je ferais face aux clips de ‘’HMD production’’. Voilà !

 

Je voudrais à présent, que vous me situez sur l’emplacement de Kissi Faramaya. J’entends parler mais je ne sais vraiment pas où cela se trouve en Guinée. N’est-ce pas excellence ?

(Sourire) Quand on m’appelle ‘’Kissi Faramaya’’, ça veut tout simplement dire que Fodé est purement guinéen. Ma maman est de Kissidougou, je porte donc le nom de son père, Elhadj Yéli Fodé Kanté (paix à son âme). Il était le chef des griots de Kissidougou. Donc, ma mère est de Kissidougou, la forêt, quand à mon père, il est de Kouroussa ‘‘an m’bara (Hamana)’’. Je suis donc de la Haute Guinée. Ainsi, la Forêt et la Haute Guinée, sont les mêmes pour moi. Quand à moi, je suis né et grandi à Conakry. J’ai étudié à Conakry et encore que j’ai épousé une fille du Foutah, en Moyenne Guinée. Alors, comment allez-vous m’appeler ? Moi j’aurai dû m’appeler ‘’Fodé Guinée’’ (rire). Kissi Faramaya, c’est le nom de mon grand-père, c’est-à-dire, le nom de la ville de mon grand-père que j’ai porté. Et j’en suis très fier de porter ce nom. J’implore le Tout Puissant Allah, pour Qu’il Veille sur ma mère ! Cette femme s’est très battue pour les autres et surtout pour ses enfants.

 

Excellence, Fodé Kouyaté, vous êtes l’un des artistes guinéens le plus côtés et le mieux structuré. Et c’est pourquoi, nous allons vous demander de nous dire un mot sur le droit d’auteur en Guinée. Qu’en est-il réellement ?

La vérité est qu’on ne peut pas prendre l’exemple sur les autres pays, pour dire que cela ne va pas en Guinée. L’évidence est que ça ne va nulle part. Moi je dirais tout simplement, que dans le droit d’auteur guinéen, si j’ai pour moi, c’est ce qui est important. La manière que ça se distribue, peut-être c’est la politique du Bgda (Bureau du droit d’auteur guinéen) ou de la Sacem, je n’en sais rien dedans. Ce que j’attends, c’est que je chante et que je sois payé en fonction de ça.

 

De tout temps, nombre d’artistes et d’hommes de culture ont toujours sollicités la création d’un département uniquement chargé de la culture. Êtes-vous de leur côté ?

A vrai dire, politiquement, je suis néant. Je ne me retrouve pas dans la politique. J’ignore même comment on crée un ministère ou une section etc. Mais, concernant la culture, je crois que je serais favorable à cette idée. Je ne peux pas laisser la majorité en m’opposant à une telle idée. Je suis un élément dans un tout, et nous nous battons tous pour le bonheur de la culture guinéenne. Si c’est ce qui peut faire l’affaire des artistes, si c’est ce qui peut leur permettre d’accorder l’importance à ce qu’ils font pour nous avancer avec la conscience professionnelle, sans tricherie, alors je suis d’avis avec eux.

 

Nous savons que vous avez une bonne intention pour la musique guinéenne, cependant, de nombreux mélomanes pensent que les producteurs guinéens sont de petits commerçant qui ne pensent qu’à leurs gains et qui tuent à petit feu, notre musique. Partagez-vous ces opinions ?

Dans ce cadre là, je dirais non ! D’abord, si ce sont des commerçants, ils ont eu quand même le courage de mettre leur argent dans la musique guinéenne. Je les en félicite très sincèrement tout signifiant ma reconnaissance en endroit. Donc, si on me disait qu’ils n’étaient pas professionnels, j’allais un peu comprendre. Mais, comme ils sont purement et simplement commerçants, alors pourquoi au moment où ils engageaient leur argent pour nous produire nous qui sommes des artistes professionnels, sommes abstenus de les apprendre comment ils doivent faire pour promouvoir la musique guinéenne ? C’est là, la grande question. Moi, j’ai commencé avec Cds production, nous avons trouvé ce nom ensemble dans le studio et jusqu'à présent, ils continuent de soutenir les jeunes artistes guinéens. Ce qu’on doit comprendre, c’est que quelqu’un ne puisse pas dépenser jusqu’à hauteur de 20 millions de fcfa dans un album et ne pas s’attendre à des retombées. Cela n’est pas possible. Moi je ne suis pas d’accord, et je veux qu’on s’entende avec ces producteurs car l’argent qu’ils investissent dans la musique guinéenne, ce n’est pas pour eux, ni à un Pierre ou à Paul. La musique guinéenne, n’appartient à aucun commerçant en Guinée à plus forte raison à un artiste. Je pense qu’il vaut mieux qu’on se donne la main afin de propulser notre musique. Voilà !

 

Quel message avez-vous à l’endroit de la jeune génération Hip hop guinéen ?

J’encourage toute cette génération de rappeurs, de la musique Hip hop, des reggae mans et surtout les ‘’Étoiles de Boulbinet et de Coronthie’’, qui travaillent énormément jour et nuit, pour sortir la musique guinéenne de l’ornière. De l’étranger, j’ai tout fait pour avoir le Cd des ‘’Espoirs de Coronthie’’. Tous ces instruments traditionnels que j’entends dans leur album, j’en suis vraiment fier. Le mal en Guinée, c’est le manque d’encadrement des jeunes artistes en herbe. Il faut donc que les hommes de bonne volonté s’engagent pour promouvoir notre richesse culturelle dans son ensemble. La Guinée a un patrimoine culturel immense, nous devons en profiter. Cela pourrait non seulement générer des emplois mais également de ressources considérables pour le pays. Ne l’ignorons pas. Nous devons développer une industrie musicale puissante, notre pays a tous les atouts et les capacités. Aujourd’hui, un grand pays comme la France, elle vit de sa culture.

 

En ce me concerne, je suis prêt à engager autant de somme en long terme pour la musique guinéenne. Je sais que je ne perdrait jamais et le jour que je ne serais plus là, que cela soit une emprunte digitale que je collerais à ‘’HMD production’’. L’héritage que les vedettes guinéennes ont aujourd’hui, a été légué par ceux qui nous ont précédé (Aboubacar Demba Camara, Elhadj Sory Kandia Kouyaté, Bakary Cissoko, Kélétigui et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins etc). Au cours d’une interview au Canada, la presse canadienne voulait se rassurer si l’orchestre ‘’Balla et ses Baladins’’ vivait encore. Alors vous voyez ? C’est pourquoi, durant tous les spectacles que j’ai livré dans ma récente tournée, je suis monté sur la scène avec le drapeau tricolore de mon pays, la Guinée. Les spectateurs, blancs comme africains, embrassaient cette emblème à la fin de ma prestation. Nombreux étaient parmi eux, qui me demandaient où se trouvait la Guinée. Le plaisir a été pour moi de présenter la carte postale de notre beau pays.

 

Avez-vous certainement un mot de la fin ?

Seulement, il y a des choses qu’on raconte sur ma personne et que je trouve un peu insensé. C’est quand des personnes qui en veulent peut-être en ma personne, diffusent partout que j’ai demandé un axile politique en France. Alors, je me demande en vertu de quoi je vais agir ainsi ? Je ne sais pas ce que j’ai fais en Guinée pour pouvoir m’exiler en Europe.

 

Mais je tiens à préciser, que c’est dans le cadre de mon travail que je suis arrivé en France, et ce travail là je vais l’exercer et que mes détracteurs se détrompent. Ils sont aller jusqu’à dire que c’est le fait des marabouts. Mais, contre toute attente, me voilà qui débarque à Conakry à visage découvert. Je crois que cela représente une réponse, un démenti formel à leur élucubration.

Je remercie les ‘’fans club Fodé Kouyaté’’ ainsi que tous les mélomanes et le peuple de Guinée, qui continuent à me faire confiance.

 

Naby Moussa Camara

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